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Doze T.C.5 est un des nombreux acteurs de la scène du début des années 80 à N.Y. Il est peu connut et appécié par les autres "writers", malgré son apport au graffiti, alors êen plein boumê. Plus que son propre style, comme chaque personne cherchant à innover, il est une personnalité à part entière construite tout au long de son parcours. Loin d'être statique et malgré la pression de la société (interdiction de développer son originalité), son travail artistique est unique au sein de sa génération et de ce mouvement en général. Une entrevue a lieu lors de sa visite à Paris courant 1998. Son évolution dans une recherche esthétique est visible dans son travail sur toile, dans les arts graphiques et le packaging. Preuve une fois de plus que le graffiti est capable de s'adapter aux multiples supports que proposent les arts graphiques. Parallèlement, Doze est aussi un B-Boy (danseur) confirmé et membre du Rock Steady Crew. Ce sera l'occasion pour nous de faire le point sur le B-boying (danse Hip Hop) actuel. Il nous fait également découvrir le graffiti êmade in Brésilê, une autre manière de voir le sujet. |
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Doze: Mon premier contact avec le graff' fut en 1976. J'avais onze ans et j'allais au collège à Manhattan. N.O.G.A. (crew) avait une fresque réalisée par Cliff, Dean, Nova (et d'autres que j'ai oubliés). Il me servit d'introduction. Ce mur avait été commandé par un centre de quartier entre la 88ème et la 89ème rue sur Columbus av. J'allais à l'école avec des cartonneurs comme Dean 1 (3.Y.B.). Je faisais du skate dans Central Park avec le crew Zoo York. J'étais membre des êRebelsê. On s'échangeait les sketch books et Zephyr me disai: êton style a le juiceê, veux- tu faire partie de mon crew?ê. Je posais des tags avec eux (Rasta, Revolt, etc.). Ensuite j'ai rencontré des "writers" du Bronx au lycée "Art & Design". Cette école était fréquentée par beaucoup de graffeurs. A l'heure du déjeuner on se sauvait par la fenêtre pour aller taguer. Beaucoup de gens connus ont fréquenté cet établissement. C'est là que j'ai créé le crew I.B.M.. Je traînais avec Tack et Airborn des F.B.A. et mes frères du quartier dans le Rock Steady Park. Ils me disaient Doze:" fais-moi un lettrage, apprends- moi à graffer!(...)". Alors j'ai fait rentrer Poke, Eps, Ethic, Sound 7, lil' Spank, et c'est à ce moment là que des gens comme West sont apparus. C'est pour cela que tu as ces lettrages (montrant des photos de trains dans le magazine "Stress") et ces personnages qui sont inspirés de moi et Seen des T.C.-5. La base de notre style vient de Chain 3 (Tee-Bag). J'adore son travail, ses lettrages sont croustillants et vraiment forts!. Nous sommes partis de là pour en faire notre propre style que l'on a appellé "Lock-a-Tron" comportant d'autres influences évidentes comme Case 2. J'ai saisi l'esprit de Broadway en peignant dans le tunnel de la ligne n°1 à Harlem lorsqu'il me semblait peint par des centaines de "writers" à la fois. Un jour, j'étais en train de faire un lettrage "Harm" lorsqu'un train est venu se garer et dedans il était rempli de flics. On courrait dans tous les sens, certains rentraient dans des poteaux, d'autres se marchaient dessus,... Je n'ai jamais peint mon nom. J'ai dû faire seulement cinq pièces avec le nom Doze. J'étais toujours plus a l'aise avec l'alias d'un alias. Il se peut que tu aies vu beaucoup de mes graffs' sans savoir que c'est moi qui les avaient faits.
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J'étais membre des T.N.T. avec qui je faisais des tags. Après je me suis mis à peindre avec Skeme et Dez. La première fois que j'ai peint un train du Bronx ce fut avec Seen T.C.-5. Il m'a emmené a Gunhill Road. Il peignait avec Kems et le crew (T.C.-5.) Ce crew nous fut laissé a nous par Comet et Blade. Seen m'a fait rentrer et on a commencé à faire des trains sur les lignes 2 et 5. On utilisait des noms comme Wiggles (c'est comme cela que le B-boy Mr. Wiggles du Rock Steady Crew a eu son nom), Bagel, T-Square, T-Bone, Snag, Pail, Trail, ou bien Twice. On utilisait tellement de noms que les gens ne savaient plus combien on était réellement. On paraissait très nombreux. J'étais souvent le lien manquant. On pensait a m'appeler quand il allait manquer des personnages. Case 2 me téléphonait pour que je vienne faire les personnages dans ces "whole cars". Beaucoup de pièces de cette époque contiennent mes personnages.
Quand as- tu débuté en tant que B-boy membre du légendaire Rock Steady Crew? D: Je suis membre depuis 1978 ou '79. Au moment où Poke était le king de la ligne 1, j'ai dû mettre le graffiti de côté car je suis parti en tournée mondiale avec le R.S.C. pendant environ deux ans. Je suis allé en Europe, au Japon et en Australie. Le Hip Hop a traversé beaucoup de phases et de générations. C'était la première vague de commercialisation et de merchandising du Hip Hop qui l'a anéanti complètement, cela signifiait qu'il a eu besoin ensuite d'être reconstruit entièrement dans l'underground. Arrivé au milieu des années 80, le Hip Hop était totalement retourné dans l'ombre. Après '84 le "wrtiting" et le "B-boying" étaient indésirables dans les boites et les galeries. Au même moment le crack et les armes à feu ont fait leur apparition dans les quartiers. Pour moi il n'y a aucun mystère quant à savoir qui les a fait venir. Le Hip Hop peut être une force très motivante, et certains peuvent le percevoir comme une menace. Je n'essaye d'effrayer personne, mais le Hip Hop fut perçu comme une menace qu'il fallait éradiquer. Pour ce faire le crack fut très efficace. Ce qui m'est arrivé personnellement et à de nombreux autres B-boys fut de nous laisser prendre et vendre du crack, devenant criminels et progressivement acros. Ce fut ma mort. J'ai traversé des galères. Beaucoup de gens
sont rentrés dans la clandestinité où en désintoxication, pendant que d'autres tombaient les uns après les autres. Beaucoup de jeunes des années 80 manquent aujourd'hui à l'appel. Ma seule chance de m'éloigner de tout ce bordel fut une proposition de travail au "Bad Boy Club" de Los Angeles. On est venu me chercher à New York dans une boite pour laquelle je travaillais et que je squattais. Alors j'ai bougé à San Diego (à 4000 km de N.Y.) avec $20 en poche et un Kangol à poils long sur la tête (rires). Je me promenais sur la plage à l'époque avec mon poste à fond et personne ne savait quoi penser. J'ai appris le métier de Graphiste et de Designer. Avec Haze et un autre qui travaille pour la boite "L.A.-Bronx", nous avons été les premiers " à se mettre dans le stylisme et l'industrie du vêtement. Depuis cela a fait boule de neige jusqu'à aujourd'hui.
Ton style a bien évolué? D: C'est une progression naturelle. Après avoir fait du wild style en personnages et lettrages avec des remplissages abstraits durant des années, j'ai fusionné plusieurs éléments pour faire du "wild-style-Lock-a-Tron-techno-symboliste-fusioniste". J'ai mélangé des éléments du wild style avec les remplissages abstraits et les personnages cubistes, pour arriver à quelque chose de nouveau. Dans le temps, les gens comme Phase 2 ou Slave n'hésitaient pas à faire de nouvelles expériences. C'est naturel de se dépasser et c'est ce que j'essaye de m'imposer.
Comment ressens-tu le fait que certains essayent aujourd'hui de copier des styles qui furent maîtrisés il y a 10 ou 15 ans.? D: Cela n'a pas de sens. Le passé doit servir de référence pour apprendre et non de béquille. C'est pour cela que je suis ici à Paris avec mes potes Jon, Sharp, A one et Toxic car ils n'ont pas peur de tester des idées nouvelles. Jon fut le premier à partir (de N.Y.). Par la suite j'ai vu des photos de son travail ici et j'ai été surpris.
Quels sont les activités professionnelles qui te font vivre? D: Je travaille dans le secteur du graphisme et du design. En 1991 j'ai lancé la société "Kikwear" qui est devenue une grosse affaire. Mais je me suis fait arnaquer et donc je suis reparti sur de nouvelles bases. Je travaille pour une société qui se nomme Next F.X. et
j'ai une marque de vêtements qui se nomme G.M.-5. Cela signifie Graphic Manipulation-5, Guided Masses-5, etc. Nous coopérons avec Black Marquet Threads. G.M.-5 est la réponse à T.C.-5 qui est devenue une sorte de confrérie fermée. G.M.-5 a encore poussé les limites du graff'. Kaws est membre, Twist et Os Gemeos qui font des trucs incroyables (à Sao Paulo au Brésil) le sont également. Je suis sur le point de faire un décor de scène pour un concert au Chiapas des Fugees et de Rage Against the Machine. La personne qui va faire le clip de l'événement a vu mon travail et a été touchée par les images inspirées des hiéroglyphes Maya.
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